Zidane de retour sur la Corniche: L'interview de Philippe Echaroux

24 Mars 2014

Philippe Echaroux, photographe et street artist, est à l'origine du récent retour de Zinedine Zidane sur la Corniche.

Active Road a rencontré ce passionné d'escalade. Entretien d'un artiste local qui a su transmettre les valeurs marseillaises dans le monde entier.

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Révélé durant Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture 2013, le MUCEM est depuis devenu un incontournable de la cité phocéenne. Crédit photo: P.E

Maxime Vaytet-Cazarian : Pour commencer, d'où vous est venue cette passion de la photographie ?

Philippe Echaroux : A vrai dire je ne sais pas vraiment ! Je suis « tombé dedans » un peu par hasard un soir d'été en 2008. Je traînais à Marseille et je me suis décidé à acheter un petit Bridge (appareil entre le reflex et le compact). Petit à petit je me suis pris au jeu. J'ai eu la chance de comprendre rapidement cet art et j'ai progressé à vitesse grand V, ce qui est toujours flatteur et encourageant !

J'ai trouvé en la photographie un moyen d'expression qui me correspondait. Aujourd'hui je vois la photo comme un outil, un moyen parmi d'autres d'exprimer ce qui bouillonne en moi. Pour être honnête, et même si j'y suis très attaché, je trouve la photo moins complète que la musique par exemple, d'où peut-être cet intérêt pour le street art.

M.V-C : Le street art, parlons-en. Simple plaisir ou réelle passion ?

P.E : Les gens sont toujours surpris quand je leur dis que le street art ou la photo ne sont pas des passions mais des outils. Pour moi, ce sont des moyens qui permettent de répondre à des besoins capitaux : faire rêver les gens, les faire s'interroger, leur donner envie de construire eux aussi quelque chose à leur tour.

Le street art est la façon la plus ouverte et la plus démocratique d'expression artistique. Pas la peine d'avoir d'autorisation, pas de codes fermés, pas besoin de faire des pieds et des mains à une galerie pour exposer. C'est une forme encore réelle de liberté, et qui dit liberté dit aussi créativité.

M.V-C : Récemment, vous avez fait le buzz avec Zinedine Zidane, d'où vous est venue cette idée et surtout comment l'avez-vous concrétisée ?

Zinedine Zidane de retour sur la Corniche de Marseille. Oeuvre réalisée par Philippe Echaroux.

Zinedine Zidane renaît sur la façade proche des cabanons d'Active Road à Malmousque. Crédit photo: P.E

P.E : Zizou n'est que le porte-drapeau d'un projet de street art qui se veut moderne et novateur. Du street art basé sur la projection de lumière. Quand tu es photographe, tu captures la lumière ; du coup la « rendre » me paraissait assez cohérent comme démarche.

Je défends un street art qui ne laisse pas de trace, non pas que je sois contre la colle ou la bombe de peinture, loin de là car ce serait tout simplement idiot et irrévérencieux. Je veux simplement créer ma propre technique, ma façon à moi d'en faire.
Etre artiste c'est proposer des choses nouvelles, des choses réellement personnelles, sinon on est un simple (et peut-être excellent) interprète non ?

Quand j'ai pensé « Painting With Lights », je voulais, du moins pour la première opération de Marseille, placer des Marseillais dans leur rue. Je me suis dit alors « tiens y a un mec vraiment emblématique qui a une sacrée place ». L'idée était née, il ne restait que le plus dur : c'est-à-dire la concrétiser !

Pour cela : pas de secret. L'acharnement est la clef, déjà techniquement, puis il faut être patient et essayer de trouver les pistes pour contacter un mec comme Zidane. Avec le temps et le travail, on arrive à atteindre ce que j'appelle la « réussite provoquée ».

A Marseille, paysages naturels et ville se côtoient pour un rendu splendide.

Cette photo image la proximité entre la ville et la nature. Le parc national des calanques est le plus grand parc péri-urbain Européen : Un paysage fantastique. Crédit photo: P.E

M.V-C : Au fait, vous êtes aussi un passionné d'escalade et pratiquez cette activité à la salle Grimper, y trouvez-vous des points communs avec la photo ?

P.E : Le sport est ma vraie passion, c'est ce que j'aime faire le dimanche. Je ne fais jamais de photo pour le plaisir, du moins c'est vraiment très rare !

Des points communs je n'en vois pas mais ce passif de sportif m'a appris l'entrainement, la rigueur et l'acharnement, ce sont les clefs pour réussir, je suis en plein dedans tous les jours. Je peux dire que le sport m'a inculqué certaines valeurs du travail que j'utilise aujourd'hui.

M.V-C : Pour terminer, quel regard portez-vous sur Marseille ?

P.E : Marseille est une ville qui a un masque sur les yeux, on dirait qu'elle ne voit pas son potentiel. Si elle le devine grâce à la lumière qu'elle perçoit derrière son masque, elle ne sait pas comment l'exploiter. Je reste tout de même confiant, ça avance donc soyons patients !